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« Arnaud, premier Curé Noir de Paris » Nouvelle Cité 2013

Ce livre a un titre un peu maladroit et pourrait nous laisser supposer une confrontation entre « curé noir » et « curé blanc ». Heureusement, cela n’est pas le cas. Ce livre fait partie de la collection « récits » de l’éditeur. Il s’agit donc du récit de l’arrivée et de l’installation d’un jeune prêtre Congolais (Brazzaville) à la paroisse Saint Denys de la Chapelle, à Paris.
Il semble être tout à fait le premier « Curé » canonique d’une paroisse de Paris ; mais il n’est pas le premier prêtre Africain au service des chrétiens de Paris. S’il est Africain, Arnaud Goma est aussi membre de la « Communauté du Chemin Neuf » et c’est à ce titre qu’il fut appelé par les responsables de sa communauté à rejoindre le Diocèse de Paris. Alors son livre nous raconte quelques épisodes de ce déracinement des Alpes Maritimes où il exerçait déjà son ministère pour un nouvel enracinement dans le diocèse de Paris. Ces pages se lisent aisément. Elles nous familiarisent avec la spiritualité des nouvelles communautés, plus spécialement « le Chemin Neuf ». En cela, elles sont déjà une interpellation. Mais on peut aller plus loin et avec ce livre partager, en de courts chapitres, les difficultés et les surprises d’un jeune curé qui s’installe : le cambriolage de sa paroisse (Chap. 4) ; la pastorale des funérailles (Chap. 5) ; le passé historique de sa communauté paroissiale (Chap. 6) ; la confrontation avec les pauvres et désorientés comme les SDF (Chap. 7) ou les prostituées (Chap. 8) ; le sensationnel et la violence dans la culture et les médias (Chap. 9). Tout ceci est une illustration de la phrase qui ouvre son chapitre 11 : « Depuis que je suis à Paris, tout me parle. » Malheureusement, à le lire, je reste persuadé que Paris lui a parlé beaucoup plus que ce qu’il en a écrit.
Finalement, on pourrait s’arrêter un peu plus sur le chapitre 16 dans lequel il invite les chrétiens de Paris à se réveiller, en reprenant pour cela un titre familier de Stefane Hessel : « Indignons-nous ! » C’est dans cet unique chapitre qu’il aborde les relations entre les Eglises d’Afrique et les Eglises d’Europe. Même s’il est un peu trop court sur ce sujet, il a quelques paragraphes qui ne peuvent pas nous laisser indifférent. Il écrit entre autres : « Je plaide pour un plus grand partenariat entre les Eglises d’Afrique et celles de l’Europe. » - « L’Afrique et l’Europe sont historiquement comme frère et sœur. » (p.145). En lisant ces quelques mots, on peut se demander qui est le frère et qui est la sœur dans ce couple !
Ce livre est intéressant à lire. Il est un témoignage vrai et stimulant. Mais il a besoin d’être continué. Il y a en Belgique et à Bruxelles notamment, de nombreux prêtres africains. Pourquoi ne reprendraient-ils pas le flambeau du Père Arnaud ? A leur tour, ils pourraient écrire leur propre témoignage sur leurs missions en Belgique. « Le prêtre Africain peut apporter beaucoup à l’Eglise d’Europe. » (p. 143) écrit encore Arnaud Goma. Les chrétiens d’Europe ont besoin de comprendre un peu mieux, plus en profondeur, la spécificité Africaine, telle qu’elle peut se vivre par un prêtre, au sein des communautés paroissiales d’Europe.
Gilles Mathorel